Estimer la valeur d'un hôtel à vendre repose sur trois piliers indissociables : la rentabilité d'exploitation (EBE), le chiffre d'affaires et sa déclinaison par chambre (RevPAR), et la comparaison avec des transactions similaires sur le marché. Contrairement à un bien résidentiel, un hôtel se valorise à la fois comme une entreprise (le fonds de commerce) et comme un actif immobilier (les murs), ce qui impose de distinguer clairement les deux composantes avant toute négociation. Le classement en étoiles, la nature du bail commercial, la licence d'exploitation et l'état technique du bâtiment viennent ensuite ajuster cette valeur de base. Pour un propriétaire ou un investisseur, une estimation fiable exige donc de croiser plusieurs méthodes de calcul et de s'appuyer sur l'expertise d'un professionnel du secteur.
En résumé
- La valeur d'un hôtel combine généralement deux approches : un multiple de l'EBE (excédent brut d'exploitation) et un multiple du chiffre d'affaires, recoupés avec des transactions comparables.
- Le RevPAR (revenu par chambre disponible) est l'indicateur clé de la performance opérationnelle et sert de base à la méthode dite « par capitalisation ».
- Des éléments juridiques et réglementaires — bail commercial, classement en étoiles, licence de débit de boissons — influencent fortement la valeur finale du fonds de commerce.
- Il est essentiel de distinguer la valeur des murs (l'immobilier) de celle du fonds de commerce (l'exploitation), qui peuvent être cédés séparément ou ensemble.
Comprendre les deux composantes de la valeur d'un hôtel
Les murs : la valeur immobilière
Les murs correspondent au bâtiment lui-même : sa localisation, sa surface, son état technique, sa conformité aux normes ERP (établissement recevant du public) et à l'accessibilité PMR. Leur valeur s'apprécie selon les méthodes classiques de l'estimation immobilière : comparaison avec des biens similaires, méthode par le revenu locatif si les murs sont loués à un exploitant, ou approche par le coût de remplacement pour les bâtiments les plus récents.
Le fonds de commerce : la valeur d'exploitation
Le fonds de commerce englobe la clientèle, la réputation de l'établissement, le droit au bail, le mobilier et les équipements, ainsi que les éventuelles licences attachées à l'activité. Sa valorisation dépend directement de la performance économique de l'hôtel : chiffre d'affaires, taux d'occupation, prix moyen par chambre et rentabilité. C'est cette composante qui varie le plus fortement d'un établissement à l'autre, en fonction de la gestion mise en place par l'exploitant sortant.
La méthode par l'EBE (excédent brut d'exploitation)
Le principe du multiple d'EBE
La méthode dite « empirique » consiste à multiplier l'EBE retraité de l'hôtel par un coefficient qui varie selon la taille de l'établissement, son emplacement et le niveau de risque perçu par les acquéreurs. Ce multiple se situe le plus souvent entre 4 et 12 fois l'EBE pour les hôtels indépendants en province, et peut être sensiblement plus élevé dans les grandes métropoles ou pour des établissements haut de gamme. À Paris, certaines transactions atteignent des multiples nettement supérieurs, notamment pour les biens en murs et fonds bénéficiant d'un emplacement exceptionnel.
L'importance des retraitements comptables
Avant d'appliquer un multiple, il est indispensable de retraiter l'EBE pour neutraliser les éléments exceptionnels, la rémunération du dirigeant lorsqu'elle est disproportionnée par rapport au marché, ou encore les charges non récurrentes. Un hôtel exploité en murs et fonds affiche généralement un EBE plus élevé, souvent compris entre 40 et 50 % du chiffre d'affaires, contre 25 à 35 % pour un fonds de commerce seul, l'exploitant devant alors verser un loyer au propriétaire des murs.
La méthode par le RevPAR et le chiffre d'affaires
Calculer et interpréter le RevPAR
Le RevPAR (Revenue Per Available Room) se calcule en multipliant le taux d'occupation par le prix moyen de la chambre, ou en divisant le chiffre d'affaires hébergement par le nombre total de chambres disponibles. Cet indicateur permet de comparer objectivement des hôtels de tailles différentes et sert de point de départ pour estimer un résultat brut d'exploitation normatif, ensuite capitalisé à un taux issu des transactions observées sur le segment concerné.
La valorisation par multiple du chiffre d'affaires
Certains professionnels appliquent directement un coefficient au chiffre d'affaires annuel de l'hôtel, notamment pour les petites structures où l'EBE est plus difficile à isoler de façon fiable. Ce multiple varie fortement selon la catégorie de l'établissement : un hôtel économique peut se négocier autour d'une fois le chiffre d'affaires, tandis qu'un établissement de standing supérieur, bien situé, peut atteindre des coefficients bien plus élevés. Cette méthode reste néanmoins moins précise que l'approche par la rentabilité et doit toujours être recoupée avec d'autres indicateurs.
Les spécificités juridiques à intégrer dans l'estimation
Le bail commercial et son impact sur la valeur
La grande majorité des hôtels sont exploités dans le cadre d'un bail commercial, conclu pour une durée minimale de neuf ans et régi par des règles spécifiques du Code de commerce, notamment pour les locaux construits en vue d'une utilisation unique. Les conditions du bail (montant du loyer, clauses de renouvellement, durée restant à courir) influencent directement l'attractivité du fonds de commerce pour un repreneur : un loyer déséquilibré par rapport au marché local peut réduire significativement la valeur estimée.
La licence d'exploitation et le classement en étoiles
La licence de débit de boissons attachée au bar ou au restaurant de l'hôtel, lorsqu'elle existe, constitue un actif à part entière qui peut valoriser le fonds de commerce. Le classement en étoiles, attribué par Atout France pour une durée de cinq ans sur la base d'un référentiel nationale de critères, est quant à lui attaché à l'établissement et non à l'exploitant : il se transmet automatiquement avec le fonds de commerce et conditionne en grande partie le positionnement tarifaire de l'hôtel, donc sa capacité à générer du chiffre d'affaires.
Se référer au marché : la méthode des comparables
Pourquoi croiser les méthodes de calcul
Aucune méthode de calcul ne suffit isolément à établir une valeur fiable. Les professionnels recommandent systématiquement de croiser l'approche par l'EBE, l'approche par le chiffre d'affaires ou le RevPAR, et la méthode des comparables, qui s'appuie sur l'analyse de transactions récentes portant sur des hôtels aux caractéristiques proches : emplacement, gamme, capacité en chambres et niveau de performance économique. Cette approche comparative permet de vérifier la cohérence de l'estimation obtenue par les méthodes financières et de l'ajuster aux réalités locales du marché.
L'accompagnement d'un professionnel de l'immobilier
Compte tenu de la technicité de ces calculs et des enjeux financiers souvent importants, faire appel à un professionnel spécialisé dans la vente de fonds de commerce hôteliers reste vivement conseillé. Un conseiller expérimenté saura analyser les comptes d'exploitation, positionner l'établissement par rapport aux annonces immobilières comparables et sécuriser juridiquement la transaction, du bail commercial jusqu'à la cession de la licence.
Conclusion
Estimer la valeur d'un hôtel à vendre suppose de combiner une lecture financière rigoureuse (EBE, chiffre d'affaires, RevPAR) avec une analyse approfondie des éléments juridiques propres au secteur : bail commercial, classement en étoiles, licences. La distinction entre valeur des murs et valeur du fonds de commerce est essentielle pour construire une offre cohérente, qu'il s'agisse d'une vente en bloc ou d'une cession séparée. Face à la complexité de ces calculs, s'appuyer sur des données de marché actualisées et sur l'expertise d'un professionnel de l'immobilier commercial permet de fiabiliser l'estimation et de sécuriser la transaction, dans l'intérêt du vendeur comme de l'acquéreur.
Le mot de l'expert
« Estimer un hôtel n'a rien à voir avec l'estimation d'un bien résidentiel classique : on évalue en réalité deux actifs en un, les murs et le fonds de commerce, qui obéissent chacun à leur propre logique de valorisation. Trop de propriétaires se contentent d'appliquer un multiple du chiffre d'affaires trouvé sur internet, sans tenir compte des retraitements comptables nécessaires sur l'EBE, ni des spécificités du bail commercial ou du classement en étoiles, qui pèsent pourtant lourdement sur le prix final. Je recommande systématiquement de croiser au moins deux méthodes de calcul, l'approche par la rentabilité et la méthode des comparables, pour obtenir une fourchette de valeur réaliste plutôt qu'un chiffre unique et fragile. Il faut également anticiper très en amont les questions de transmission de la licence et de durée restante du bail, car ces éléments conditionnent directement l'appétit des repreneurs et donc le délai de vente. Enfin, la présentation d'un dossier financier clair, avec des indicateurs de performance bien documentés comme le RevPAR ou le taux d'occupation, rassure les acquéreurs et permet souvent de mieux défendre le prix demandé. Un accompagnement professionnel n'est pas un luxe sur ce type de transaction : c'est ce qui permet d'éviter une survalorisation qui fait fuir les acheteurs sérieux, ou à l'inverse une sous-évaluation qui prive le vendeur d'une partie de la valeur qu'il a mis des années à construire. »
— Frédéric Rémy, Directeur de la Performance commerciale chez Capifrance
FAQ - Questions fréquentes
Quelle est la différence entre estimer les murs et estimer le fonds de commerce d'un hôtel ?
Les murs correspondent à la valeur immobilière du bâtiment, estimée selon des méthodes classiques de comparaison ou de revenu locatif. Le fonds de commerce correspond à la valeur de l'exploitation (clientèle, licences, droit au bail) et se calcule à partir de la rentabilité et du chiffre d'affaires de l'activité hôtelière.
Quel multiple d'EBE appliquer pour valoriser un hôtel ?
Le multiple varie généralement de 4 à 12 fois l'EBE retraité selon la taille, l'emplacement et le niveau de risque de l'établissement, avec des coefficients pouvant être plus élevés sur les marchés très tendus comme Paris. Ce multiple doit toujours être recoupé avec une méthode de comparables.
Qu'est-ce que le RevPAR et pourquoi est-il important dans l'estimation ?
Le RevPAR (revenu par chambre disponible) combine le taux d'occupation et le prix moyen de la chambre. Il permet de comparer objectivement la performance de différents hôtels et sert de base pour estimer un résultat d'exploitation normatif, utilisé ensuite dans la valorisation du fonds de commerce.
Le classement en étoiles influence-t-il la valeur d'un hôtel ?
Oui, le classement en étoiles conditionne le positionnement tarifaire et l'image de l'établissement. Attaché à l'hôtel et non à l'exploitant, il se transmet avec le fonds de commerce lors de la vente et constitue un élément important pris en compte dans l'estimation.
Faut-il faire appel à un professionnel pour vendre un hôtel ?
Compte tenu de la technicité des calculs de valorisation et des enjeux juridiques liés au bail commercial et aux licences, il est fortement recommandé de s'appuyer sur un professionnel spécialisé. Vous pouvez notamment trouver un conseiller immobilier à proximité pour vous accompagner dans cette démarche.
Auteur :

Frédéric Rémy - Directeur de la Performance commerciale
Professionnel du secteur de l'immobilier depuis plusieurs années au sein du réseau Capifrance, je souhaite partager avec vous des conseils essentiels pour vous aider à réussir votre projet immobilier avec nos conseillers.